MALI — Marchés publics et transparence financière : l’OMSAC poursuit son travail d’investigation et de veille

Dernière mise à jour : il y a 4 heures

De l’alerte initiale aux nouvelles informations publiques, l’OMSAC rappelle l’importance de la transparence, de la traçabilité des dépenses et de la responsabilité dans la gestion des ressources publiques. Bamako – Genève | Département Intégrité & Investigations de l’OMSAC
1. Origine de l’enquête et mobilisation des sources
À la suite d’informations transmises par plusieurs lanceurs d’alerte faisant état de possibles irrégularités dans la passation de marchés publics au Mali, le Département Intégrité & Investigations de l’Organisation Mondiale de Sécurité Anti-Corruption et Criminalité (OMSAC) a entrepris d’examiner plusieurs informations jugées sensibles.
Cette démarche s’inscrit dans la mission de l’OMSAC en matière de prévention de la corruption, de promotion de la transparence dans la gestion des deniers publics et de renforcement de la responsabilité institutionnelle.
Dès le lancement de ce travail, l’Organisation a privilégié une approche progressive fondée sur le recueil, le recoupement et l’analyse des informations disponibles, en distinguant les signalements reçus, les éléments publiquement vérifiables et les faits qui nécessitent encore des investigations complémentaires.
Dans sa publication du 20 mars 2026, l’OMSAC avait exposé l’origine de cette démarche ainsi que le contexte dans lequel plusieurs informations avaient été portées à sa connaissance, notamment grâce aux contributions de membres de la société civile malienne et de journalistes locaux. Pour en savoir davantage, consultez notre publication du 20 mars 2026 : Mali : enquête sur les marchés publics et les dépenses militaires sous la Transition.
Cette première publication constituait une étape initiale dans un travail de veille consacré aux préoccupations relatives à la passation de marchés publics au Mali. Elle ne visait pas à établir prématurément l’existence d’infractions, mais à souligner la nécessité d’examiner avec rigueur les informations susceptibles de soulever des questions de transparence et de gouvernance financière.
La présente publication s’inscrit dans la continuité de cette démarche. Elle vise à revenir sur les éléments rendus publics depuis cette première alerte et à identifier les questions qui méritent des éclaircissements supplémentaires, dans le respect du droit, de la présomption d’innocence et des prérogatives des institutions compétentes.
2. Marchés publics : un enjeu essentiel de transparence et de bonne gouvernance
La passation des marchés publics constitue un domaine particulièrement important pour la bonne gestion des ressources de l’État. Les procédures de commande publique mobilisent parfois des montants considérables et concernent des secteurs stratégiques pour le fonctionnement des institutions, la sécurité, les infrastructures et les services destinés à la population.
À ce titre, la transparence des procédures, la justification des dépenses, la traçabilité des paiements et l’existence de mécanismes de contrôle adaptés représentent des garanties essentielles pour prévenir les risques de corruption, de conflits d’intérêts, de favoritisme ou de mauvaise utilisation des fonds publics.
Dans le cadre de son travail de veille au Mali, le Département Intégrité & Investigations de l’OMSAC s’intéresse aux informations susceptibles de soulever des interrogations sur les conditions de passation des marchés, l’exécution des contrats, la justification des coûts ou la communication des données financières relatives à certaines opérations publiques.
Il convient néanmoins de rappeler qu’une alerte, même sérieuse, ne constitue pas à elle seule la preuve d’une irrégularité. Toute situation doit être appréciée à partir d’éléments vérifiables, des règles applicables, des documents disponibles et des explications des parties concernées.
L’objectif de l’OMSAC est donc de contribuer à une meilleure compréhension des dossiers signalés, en encourageant les vérifications nécessaires et en rappelant que la transparence financière doit être considérée comme une exigence normale de bonne gouvernance.
3. L’affaire de l’avion présidentiel : un dossier particulier dans une démarche plus large
Parmi les dossiers ayant récemment suscité l’attention des médias figure celui de l’avion présidentiel malien, dont l’appareil initial avait été endommagé lors de l’attaque du 17 septembre 2024. À partir des 29 et 30 juillet 2026, plusieurs médias ont relayé des informations relatives à la présentation de l’appareil présidentiel rénové et modernisé, ainsi qu’au coût annoncé de l’opération.
Le média Bamada.net a notamment publié, le 31 juillet 2026, un article faisant état d’un montant de 15,6 milliards de francs CFA. Source : Bamada.net — Mali : Un nouvel avion présidentiel modernisé à 15,6 milliards.
Ces publications ont relancé les interrogations relatives à la nature de l’opération, à ses différentes composantes financières et au coût final présenté comme supporté par les finances publiques.
Selon les informations rapportées par Bamada.net, les autorités ont indiqué que l’appareil présenté correspondait au Boeing 737 initial, rénové et modernisé après les dommages subis. Le média a également rapporté des explications concernant une indemnisation d’assurance et la valorisation de pièces et accessoires récupérables.
Ces éléments doivent être considérés avec précision : les informations diffusées par les médias permettent d’identifier les questions à examiner, mais elles ne remplacent pas les documents contractuels, techniques et comptables nécessaires à une vérification indépendante. L’intérêt de ce dossier ne consiste donc pas à contester par principe la nécessité pour l’État malien de disposer d’un appareil destiné aux déplacements officiels.
Il s’agit plutôt de déterminer si les informations financières communiquées peuvent être rapprochées de justificatifs suffisamment précis pour comprendre le déroulement de l’opération et son coût réel. C’est dans cette perspective que l’OMSAC inscrit ce dossier dans son travail plus large de veille sur la transparence des marchés publics.
4. Le coût de l’opération : des données financières à clarifier
Les informations relayées par la presse font état d’un coût global annoncé de 15,6 milliards de francs CFA pour l’opération concernant l’avion présidentiel.
Selon les explications rapportées par Bamada.net, deux éléments auraient été pris en compte pour présenter un coût net inférieur au montant global : une indemnisation d’assurance de 6 milliards de francs CFA et une valorisation des pièces et accessoires récupérables estimée entre 3 et 4 milliards de francs CFA.
Ces montants sont rapportés ici tels qu’ils ont été publiés. En l’absence de pièces justificatives indépendamment examinées, ils ne peuvent être considérés comme une vérification définitive des comptes de l’opération. Plusieurs questions méritent dès lors d’être clarifiées :
Quel est le montant exact des dépenses engagées pour la rénovation et la modernisation de l’appareil ?
Quels contrats, prestations et travaux composent le montant global annoncé ?
L’indemnisation d’assurance évoquée a-t-elle été effectivement versée, et selon quelles modalités ?
Sur quelle base technique et comptable la valeur des pièces et accessoires récupérables a-t-elle été déterminée ?
Cette valorisation correspond-elle à une somme effectivement encaissée, à une estimation ou à une valeur comptable ?
Comment le coût net final a-t-il été calculé et documenté ?





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