Un État otage de ses élites : corruption, blanchiment d’argent et fuite des capitaux au cœur de l’effondrement libanais
- omsac actualités
- 31 juil.
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Le présent rapport d’enquête est le fruit d’un travail collaboratif entre les départements Finances et Intégrité & Investigations de l’OMSAC, sur la situation systémique de la corruption, du blanchiment d’argent et des fuites de capitaux au Liban entre 2020 et le premier semestre 2025.
S’appuyant sur des données officielles, des rapports internationaux, des témoignages de lanceurs d’alerte et des audits confidentiels, cette enquête met en lumière l’étendue du pillage économique orchestré par une oligarchie politico-financière, la faillite volontaire du système bancaire, et l’impunité persistante malgré une nouvelle gouvernance.
1. Contexte général : Un pays en faillite organisée
Depuis 2020, le Liban a subi un effondrement économique sans précédent
Plus de 80 % de sa population plongée dans la pauvreté,
Une monnaie nationale dépréciée de plus de 95 %,
Une banque centrale vidée de ses réserves par une politique de taux de change artificiel,
Une dette publique estimée à plus de 170 % du PIB, et une inflation cumulée dépassant 1 000 %.
2. La corruption comme architecture de gouvernance (2020–2025)
Acteurs clés :
Élites politiques traditionnelles (alliances parlementaires, chefs communautaires)
Dirigeants bancaires (Banque du Liban et banques privées)
Réseaux d’affaires liés aux services de l’État (douanes, marchés publics, énergie)
▪️ Mécanismes identifiés :
Distribution de licences, permis, marchés et contrats contre commissions occultes.
Système de nominations politiques à tous les niveaux de l’administration.
Achats immobiliers de luxe à l’étranger via sociétés écrans.
▪️ Faits marquants :
Affaire Riad Salameh : blanchiment et détournement de plus de 330 M $ via structures offshore et biens immobiliers en Europe.
Pandora Papers (2021) : implication de plus de 300 personnalités libanaises dans des sociétés offshore.
Affaire des carburants (2020–2023) : surfacturation de produits importés, réseaux de contrebande vers la Syrie.
4. Le système bancaire : outil de blanchiment et de fuite massive
▪️ État des lieux :
Avant 2019, le secteur bancaire représentait plus de 400 % du PIB.
Depuis 2020, plus de 72 % des dépôts sont devenus inaccessibles pour les citoyens (capital control informel).
Fuite estimée à 12 à 17 milliards $ de capitaux sortis illégalement entre octobre 2019 et 2022.
▪️ Méthodes de fuite :
Transferts vers des comptes offshore appartenant à des personnalités politiques.
Usage massif de sociétés-écrans aux Seychelles, au Panama, à Chypre et au Luxembourg.
Utilisation de comptes de tierces personnes pour contourner les restrictions.
▪️ Complicité des banques :
Plusieurs établissements sont soupçonnés d’avoir organisé la sortie sélective des fonds (cas Bank Audi, Fransabank, SGBL).
En 2023, la Banque du Liban n’a fourni aucun audit complet public sur les mouvements de fonds de ses cadres dirigeants.
5. État des réformes (2023–2025) : rupture ou continuité ?
▪️ Arrivée du président Joseph Aoun (janvier 2025) et du Premier ministre Nawaf Salam
Annonce de réformes judiciaires et fiscales, renforcement des audits.
Nomination de Karim Souaid à la tête de la Banque du Liban (avril 2025) : discours fort, actions limitées.
▪️ Lois adoptées :
Loi sur la levée du secret bancaire (avril 2025) : autorise un accès sur 10 ans, mais sous conditions politiques.
Plan de restructuration bancaire : toujours bloqué par les banques et les partis associés.
▪️ Obstacles persistants :
Manipulation de la justice.
Absence d’indépendance des organes de contrôle.
Maintien du clientélisme et de la logique de partage confessionnel du pouvoir.
6. Le rôle des institutions internationales
FMI : 3 milliards $ d’aide bloqués depuis 2022 faute de respect des conditions (réforme bancaire, transparence fiscale).
FATF : Liban toujours sur la liste grise, notamment pour défauts de supervision sur blanchiment et financement du terrorisme.
UE et Banque Mondiale : conditionnent toute aide à des réformes concrètes.
7. Recommandations de l’OMSAC
Geler tous les avoirs suspects appartenant à des responsables politiques et financiers, au Liban et à l’étranger.
Ouvrir un audit judiciaire international indépendant des comptes de la Banque du Liban.
Publier une liste noire des entités et personnes impliquées dans la fuite des capitaux.
Renforcer la protection juridique et matérielle des lanceurs d’alerte et journalistes d’investigation.
Conditionner toute aide internationale à des résultats mesurables, sous supervision indépendante.
8. Conclusion
Le Liban vit une faillite morale et institutionnelle orchestrée par ses élites. Le peuple libanais est aujourd’hui la première victime d’un système de prédation qui n’a pas encore été démantelé. L'OMSAC appelle à une solidarité internationale responsable, et à une mobilisation de la justice transnationale pour stopper l’impunité des pilleurs de nations.
Département Finance de l'OMSAC
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