Gianni Infantino et la FIFA : Le football mondial s'éloigne-t-il de ses valeurs fondamentales ?
- omsac actualités

- 21 mai
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 21 juin

Depuis son accession à la présidence de la FIFA en 2016, Gianni Infantino s'est présenté comme l'homme du renouveau, de la transparence et de la modernisation du football mondial. Arrivé dans un contexte marqué par les scandales qui ont secoué l'ère Sepp Blatter, il avait promis de restaurer la confiance, de renforcer la gouvernance et de replacer le football au service de l'intérêt général. Dix ans plus tard, force est de constater que le bilan de sa gouvernance fait l'objet de débats de plus en plus vifs au sein de la communauté internationale du football.
Jamais la FIFA n'a généré autant de revenus. Jamais les compétitions n'ont atteint une telle dimension commerciale. Jamais les droits télévisés, les contrats de sponsoring et les recettes liées aux grandes compétitions n'ont été aussi importants.
Pourtant, parallèlement à cette prospérité financière, de nombreuses voix s'élèvent pour s'interroger sur la direction prise par l'institution et sur la place désormais accordée aux supporters, aux valeurs sportives et à l'intérêt collectif.
Une FIFA Devenue une puissance économique mondiale
Sous la présidence de Gianni Infantino, la FIFA a considérablement accru ses ressources financières. L'élargissement de la Coupe du Monde à 48 nations, l'augmentation du nombre de matchs, le développement des compétitions internationales et la multiplication des partenariats commerciaux ont permis à l'organisation de franchir de nouveaux sommets économiques.
Cette croissance est régulièrement présentée par la direction de la FIFA comme une réussite majeure permettant de redistribuer davantage de ressources aux fédérations nationales. Toutefois, cette logique de croissance permanente soulève une interrogation fondamentale : jusqu'où peut-on commercialiser le football sans en altérer l'essence ?
La coupe du monde 2026 : Le symbole d'un changement de modèle
L'organisation de la Coupe du Monde 2026 aux États-Unis, au Canada et au Mexique illustre parfaitement cette évolution. Pour de nombreux supporters, l'événement apparaît comme la compétition la plus coûteuse jamais organisée.
Les tarifs des billets, les frais annexes, les déplacements intercontinentaux et les coûts d'hébergement rendent l'accès particulièrement difficile pour une grande partie des classes moyennes et populaires.
Le football est historiquement né dans les quartiers populaires, les écoles, les associations et les clubs amateurs. Or de nombreux supporters ont aujourd'hui le sentiment que les grandes compétitions internationales deviennent progressivement des produits de luxe accessibles prioritairement aux entreprises, aux partenaires commerciaux et aux publics les plus aisés.
Vers la reconduction du dispositif de centralisation du VAR
Pour l'édition 2026 de la Coupe du Monde, la FIFA devrait reconduire le dispositif déjà utilisé lors des éditions de 2018 en Russie et de 2022 au Qatar. Au lieu d'installer des camionnettes ou des salles VAR spécifiques dans chaque stade, l'ensemble des opérations d'assistance vidéo à l'arbitrage sera centralisé en un lieu unique : l'International Broadcast Centre (IBC), un vaste complexe médiatique de 45 000 mètres carrés situé au Kay Bailey Hutchison Convention Center, à Dallas, au Texas.
Ce choix s'inscrit dans la continuité des deux précédentes Coupes du Monde. En 2018, année marquant la première utilisation de la VAR dans l'histoire de la compétition, la FIFA avait mis en place un dispositif entièrement centralisé. Le pôle opérationnel, appelé Video Operation Room (VOR), était installé à Moscou, au sein du Centre international de diffusion (IBC), où les arbitres vidéo supervisaient simultanément les rencontres disputées dans les différents stades du pays.
En 2022, au Qatar, ce principe de centralisation absolue a été reconduit et optimisé grâce à la proximité géographique des stades. L'intégralité des opérations vidéo était alors gérée depuis une régie unique basée à Doha.
Toutefois, afin de garantir la continuité du service et de prévenir tout risque lié à une éventuelle interruption des communications, chaque stade disposait également d'une régie locale de secours (« backup »), capable de prendre instantanément le relais en cas de perte de connexion avec le centre principal.
Ainsi, pour 2026, la FIFA semble privilégier à nouveau un modèle centralisé, considéré comme plus efficace pour uniformiser les procédures d'arbitrage vidéo, renforcer la coordination entre les équipes VAR et assurer une plus grande cohérence dans les prises de décision tout au long de la compétition.
C'est depuis ce « bunker » technologique que les arbitres vidéo supervisent à distance les 104 matchs de la compétition. Ils sont aidés par des technologies de pointe, comme le hors-jeu semi-automatique (SAOT) géré par intelligence artificielle.
Un débat sur la rémunération des dirigeants
Parmi les sujets les plus controversés figure la rémunération des plus hauts responsables de la FIFA. Selon les données financières publiées par l'organisation, la rémunération annuelle globale du président Gianni Infantino dépasse désormais les quatre millions de francs suisses.
Cette rémunération comprend :
un salaire fixe annuel ;
des bonus de performance ;
divers avantages liés à l'exercice de ses fonctions.
Les défenseurs de cette politique estiment que la FIFA gère aujourd'hui une organisation mondiale générant plusieurs milliards de dollars de revenus et que les rémunérations doivent être comparées à celles des dirigeants de grandes organisations internationales.
Les critiques considèrent au contraire qu'une telle rémunération apparaît difficilement conciliable avec la mission sociale et sportive d'une association officiellement constituée à but non lucratif.
Une question de cohérence éthique
Au-delà des chiffres eux-mêmes, le débat porte essentiellement sur la cohérence du modèle. Comment justifier l'augmentation constante des revenus des dirigeants alors que de nombreux clubs amateurs peinent à financer leurs infrastructures ?
Comment expliquer que certaines fédérations disposent encore de moyens extrêmement limités alors que les recettes globales du football mondial atteignent des niveaux records ?
Comment convaincre les supporters de supporter des hausses tarifaires importantes lorsqu'ils constatent simultanément l'explosion des dépenses liées à la gouvernance des institutions sportives ?
Ces questions alimentent aujourd'hui une réflexion plus large sur la responsabilité sociale des organisations sportives internationales.
Le risque d'une rupture avec les supporters
La principale richesse du football n'a jamais été financière. Elle réside dans les millions de bénévoles, éducateurs, dirigeants de clubs amateurs, parents, supporters et passionnés qui consacrent leur temps et leur énergie à faire vivre ce sport. Le danger pour toute institution sportive internationale est de perdre progressivement le lien avec cette base populaire.
Lorsque les supporters ont le sentiment que leurs intérêts ne sont plus une priorité, une fracture peut apparaître entre les instances dirigeantes et ceux qui constituent pourtant le cœur du football mondial.
Un enjeu pour l'avenir
Le débat qui entoure aujourd'hui la gouvernance de la FIFA dépasse largement la personne de Gianni Infantino. Il concerne l'avenir même du football mondial.
Le football doit-il être considéré avant tout comme une industrie mondiale du divertissement ?
Ou doit-il continuer à être conçu comme un patrimoine universel appartenant à l'ensemble des peuples ? La réponse à cette question déterminera sans doute l'évolution du sport le plus populaire de la planète au cours des prochaines décennies.
Conclusion
Le football est devenu un acteur économique majeur de la mondialisation.
Cette réalité ne doit cependant jamais faire oublier ce qui constitue sa véritable force : sa dimension populaire, culturelle et universelle. La croissance économique, les revenus commerciaux et le développement des compétitions peuvent contribuer au rayonnement du football. Mais ils ne sauraient remplacer les valeurs fondamentales qui ont construit sa légitimité.
Les supporters, les clubs amateurs, les bénévoles et les citoyens ordinaires demeurent les véritables propriétaires moraux de ce patrimoine sportif mondial.
Préserver leur place au cœur du football constitue aujourd'hui l'un des défis les plus importants pour l'avenir de ce sport universel.
Karl SCHLEKER
Département Intégrité & Investigations





Commentaires