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Gianni Infantino : Le Crépuscule de l’Éthique ou le Triomphe de l’Opportunisme Globalisé ?

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    omsac actualités
  • 20 janv.
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 25 janv.

Gianni Infantino : Le Crépuscule de l’Éthique ou le Triomphe de l’Opportunisme Globalisé ?

Réquisitoire contre la gouvernance d’une fédération à but non lucratif devenue acteur du capitalisme d’influence.

Depuis son élection en 2016, sur les ruines encore fumantes du scandale dit FIFA Gate, Gianni Infantino s’est imposé comme le visage officiel de la « réforme » du football mondial. Dix ans plus tard, le bilan dressé par la cellule Anicor-Sport de ’Organisation Mondiale de Sécurité Anti-Corruption et Criminalité (OMSAC) est sévère.


Derrière un discours calibré sur la transparence et la modernisation, se déploie un système de plus en plus opaque, dans lequel la FIFA ne fonctionne plus comme une association à but non lucratif, mais comme une plateforme d’opportunisme globalisé, au service d’intérêts politiques, financiers et personnels.


Un enrichissement personnel incompatible avec l’éthique associative

Les chiffres révélés par la presse d’investigation sont sans ambiguïté. En moins d’une décennie, les revenus du président de la FIFA ont été multipliés par quatre, passant d’environ 1,28 million d’euros en 2016 à plus de 5,27 millions d’euros en 2024. À cela s’ajoute une augmentation de 33 % de son salaire de base dès sa réélection sans opposition en 2023.


Pour l’OMSAC, ce niveau de rémunération soulève une question fondamentale : comment une organisation juridiquement constituée comme association à but non lucratif peut-elle justifier des bonus et avantages financiers de plusieurs millions, alors même que des championnats entiers — notamment en Afrique — survivent dans la précarité, sans infrastructures, sans protection sociale pour les joueurs, ni investissements durables ?


Cette dérive salariale n’est pas un simple excès individuel. Elle traduit une mutation structurelle : la FIFA ne redistribue plus la richesse, elle la concentre.


La « diplomatie des palais » : quand la neutralité devient négociable

Gianni Infantino a progressivement déplacé le centre de gravité de son pouvoir. Celui-ci ne repose plus prioritairement sur les fédérations membres, mais sur une proximité assumée avec des cercles étatiques et des dirigeants politiques puissants, dans une logique de captation institutionnelle.


Le Qatar constitue le premier tournant. En s’installant durablement à Doha avant la Coupe du monde 2022 et en minimisant systématiquement les critiques liées aux droits humains, le président de la FIFA a lié l’image et le fonctionnement de l’institution à celle d’un État rentier, troquant la neutralité statutaire contre un confort logistique, financier et diplomatique inédit.


Le Maroc est devenu, dans cette configuration, un partenaire stratégique central. La relation étroite avec le Royaume et avec Fouzi Lekjaa a transformé le pays en véritable laboratoire de la FIFA sur le continent africain, jusqu’à l’attribution du Mondial 2030 dans le cadre d’un montage intercontinental perçu par de nombreux observateurs comme opaque et verrouillé.


Donald Trump, enfin, incarne l’aboutissement de cette diplomatie opportuniste. En décembre 2025, Gianni Infantino décerne au président américain une distinction présentée comme un « Prix de la Paix ». Ce geste, lourd de symboles, apparaît moins comme un acte honorifique que comme une assurance politique en vue de la Coupe du monde 2026, en contradiction manifeste avec les principes d’indépendance et de neutralité inscrits dans les statuts de la FIFA.


La CAN 2025 : un cas d’école de partialité institutionnelle

La Coupe d’Afrique des Nations 2025, disputée au Maroc et conclue le 18 janvier 2026, constitue pour l’OMSAC un point de rupture. Les événements entourant la compétition ont transformé des soupçons anciens en faits observables.


Trois éléments majeurs ressortent :

Une mise en accusation ciblée du Sénégal. Dès le lendemain de la finale remportée par les Lions de la Teranga, Gianni Infantino condamne publiquement les protestations des joueurs sénégalais, qualifiées de « scènes inacceptables », tout en s’abstenant soigneusement de toute analyse des dysfonctionnements arbitrales et des anomalies de la VAR signalées par de nombreux experts.


Un traitement différencié assumé. 

En appelant à des sanctions lourdes contre le Sénégal pour « non-respect de l’autorité », il passe sous silence les provocations, les manquements organisationnels et les responsabilités du pays hôte. Pour l’OMSAC, cette asymétrie constitue une protection délibérée d’un partenaire stratégique.

Un clientélisme affiché. Le fait de multiplier les remerciements au Palais Royal marocain dans le même communiqué où il stigmatise le champion d’Afrique confirme une confusion grave entre relations diplomatiques et gouvernance sportive. La CAF apparaît reléguée au rang d’antenne exécutive.


Le diagnostic de l’OMSAC : un système de rente et d’immunité

L’OMSAC identifie un système dans lequel le football — et particulièrement le football africain — est réduit à une ressource humaine et politique. Les joueurs deviennent des actifs exportables, les compétitions des instruments de légitimation, et les institutions des leviers d’influence.


En se positionnant comme courtisan des régimes et des milliardaires, Gianni Infantino ne protège pas le football mondial. Il construit une immunité politique personnelle, fondée sur la dépendance mutuelle et la dissuasion institutionnelle.

L’épilogue de la CAN 2025 illustre ce basculement : un président qui agit en protecteur de ses alliés plutôt qu’en garant des règles, et qui n’hésite pas à exercer une pression symbolique sur une nation souveraine comme le Sénégal, mettant en péril la souveraineté sportive du continent africain.


Conclusion

Gianni Infantino n’incarne plus l’intérêt général du football mondial. Il est devenu le porte-voix d’un axe d’influence qui instrumentalise le sport pour récompenser les dociles et sanctionner les récalcitrants.


L’enrichissement personnel observé n’est que la partie émergée d’une faillite morale plus profonde : la transformation progressive de la FIFA en un outil de diplomatie privée, éloigné de ses statuts, de ses valeurs fondatrices et des peuples qui font vivre le football.


Pour l’OMSAC, ce réquisitoire n’est pas une fin, mais un acte de vigilance. Car lorsqu’une organisation à but non lucratif adopte les réflexes d’une multinationale d’influence, c’est l’éthique même du sport mondial qui entre dans son crépuscule.



Les analyses, synthèses et rapports relatifs au football africain, au football international et à la CAN 2025, publiés par l’Organisation Mondiale de Sécurité Anti-Corruption et Criminalité (OMSAC) entre le 1er janvier 2025 et le 31 janvier 2026, sont protégés par le droit d’auteur et demeurent la propriété exclusive de l’OMSAC. Toute reproduction, diffusion, adaptation ou réutilisation, totale ou partielle, quel qu’en soit le support, sans autorisation écrite préalable, est strictement interdite et expose son auteur à des poursuites conformément aux lois et conventions internationales en vigueur. Les contenus publiés s’inscrivent dans un travail d’analyse, de veille et d’investigation indépendante. Ils ne constituent ni un jugement judiciaire, ni une décision de justice, ni une condamnation définitive.


Karl SCHLEKER

Département Intégrité & Investigations

 
 
 

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