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Football algérien : Système de prédation, responsabilités multiples et urgence institutionnelle

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  • il y a 1 jour
  • 6 min de lecture
Football algérien : Système de prédation, responsabilités multiples et urgence institutionnelle

Ce rapport s’inscrit dans le cadre de l’enquête approfondie menée par la Cellule Anticor-Sport du Département Intégrité et Investigations sur la situation du football africain. Après la publication du rapport final global le 5 février 2026, nous entamons désormais une série de publications nationales, afin de présenter les résultats spécifiques par pays.


Le présent document se concentre sur le football algérien, tout en rappelant que d’autres analyses concernant différents pays africains seront publiées périodiquement, dans le souci de transparence, de rigueur et de soutien aux États engagés dans la lutte contre les pratiques qui portent atteinte à l’intégrité sportive et financière.


1. Positionnement du rapport

Il ne relève ni de la polémique, ni de la spéculation médiatique.

Il s’inscrit dans une logique d’alerte stratégique destinée à :

  • Soutenir activement l’action des États déterminés à combattre la corruption, le trafic d’influence, le détournement de fonds publics et le blanchiment d’argent, afin de protéger l’intérêt général et la transparence des institutions.


  • Soutenir activement les enquêtes sécuritaires et judiciaires en cours, en encourageant leur approfondissement et leur aboutissement, afin que toute infraction établie fasse l’objet de poursuites et de sanctions conformément aux lois de la République.


  • Mettre en lumière un système organisé de prédation autour du football.

    Le football algérien n’est pas en crise par manque de moyens ; il est pris en otage par un écosystème de prédateurs qui exploitent de manière systémique les ressources publiques injectées massivement dans le sport national.


2. L’État algérien : investisseur exemplaire, victime structurelle

Il est formellement établi et documenté que :

  • L’Algérie finance environ 92 % du football professionnel

  • Aucun autre pays africain ne présente un tel niveau d’engagement public

  • Les infrastructures sportives réalisées sont aux standards mondiaux

  • Les entreprises publiques jouent un rôle de soutien stratégique

Ce constat impose une vérité fondamentale : le problème du football algérien n’est pas l’État, mais ceux qui détournent sa confiance.


3. La mafia du football algérien : cartographie des responsabilités

L’enquête démontre l’existence d’un système fermé, où chaque acteur joue un rôle précis.

3.1 Les présidents de clubs

Centre de gravité du système

  • Gestion assimilable à une appropriation privée de fonds publics

  • Acceptation de contrats sportivement injustifiables

  • Tolérance, voire encouragement, de circuits financiers opaques

  • Absence totale de culture de rentabilité ou de performance

Le président de club n’est plus un gestionnaire : il devient un distributeur de ressources publiques.


3.2 Les managers et intermédiaires

Les ingénieurs de la prédation

  • Intermédiation souvent non régulée

  • Commissions croisées

  • Gonflement artificiel des contrats

  • Paiements partiellement ou totalement hors circuit bancaire

Ces acteurs n’apportent aucune valeur sportive. Ils captent la richesse de l’État.


3.3 Les joueurs

Bénéficiaires conscients du système

  • Acceptation de salaires déconnectés du rendement

  • Faible exigence professionnelle

  • Tolérance de situations contractuelles irrationnelles

Certains joueurs étrangers signent, ne jouent pas, encaissent… et repartent.

Ce schéma relève d’un échec volontaire du contrôle interne.


3.4 Les entraîneurs

Complicité passive ou opportuniste

  • Validation de recrutements sportivement injustifiables

  • Absence de projet technique cohérent

  • Acceptation d’effectifs déséquilibrés

Le rôle technique est sacrifié au profit d’arrangements périphériques.


3.5 Les supporters de seconde zone

Force de pression instrumentalisée

  • Manipulation émotionnelle

  • Violence détournant l’attention des vrais responsables

  • Utilisation comme bouclier social

Le supporter devient un outil, pas un acteur.


3.6 La presse sportive et les pseudo-journalistes

Complicité informationnelle

  • Silence sur les dérives financières

  • Légitimation artificielle de joueurs surpayés

  • Attaques ciblées contre les rares voix critiques

Une partie de la presse agit non comme contre-pouvoir, mais comme agent de protection du système.


3.7 L’exploitation politique du football et la manipulation des foules

L’enquête a identifié un autre facteur aggravant majeur : l’instrumentalisation du football à des fins politiques par certains partis et acteurs politiques opportunistes. Certains partis ou figures politiques exploiteraient les résultats et l’émotion collective autour du football pour renforcer leur visibilité, asseoir leur légitimité ou obtenir un avantage électoral indirect.


3.8 Les arbitres : un maillon critique et défaillant

L’arbitrage en Algérie constitue aujourd’hui une source majeure de fragilité du football national. Les enquêtes et constats terrain révèlent que certains arbitres, loin d’être des garants de l’équité sportive, sont impliqués dans des décisions partiales, tolèrent des irrégularités et deviennent des instruments dans des logiques de prédation financière ou de pression externe. Cette situation dénature le jeu, alimente la défiance des supporters et fragilise la crédibilité de tout le système footballistique.


3.9 Les paris sportifs illégaux et la manipulation associative

Les réseaux de paris — parfois illégaux, opaques ou non régulés — constituent un vecteur d’influence externe qui alimente la logique de prédation : ils créent des motivations financières supplémentaires pour manipuler des résultats ou des comportements, et renforcent des circuits d’intérêts non alignés avec l’intérêt sportif et l’intégrité du football.


3.10 Les chèques sans provision : un fléau systémique

Le recours aux chèques sans provision constitue aujourd’hui le problème numéro un du football algérien. Depuis des années, certains présidents prédateurs, dans le but de séduire les supporters et de s’imposer au sein du club, procèdent à des recrutements abusifs en ciblant les joueurs les plus populaires, sans disposer des moyens financiers nécessaires. Pour formaliser ces engagements, ils émettent des chèques en guise de garantie auprès des joueurs ou prestataires.


Rapidement, lorsque les ressources font défaut, ces chèques se révèlent sans provision. Les clubs se retrouvent alors confrontés à des litiges judiciaires, au blocage de leurs comptes et à des condamnations pour leurs dirigeants, aggravant les difficultés financières et sociales des équipes.


Recommandation : Ce mécanisme prédateur doit être strictement interdit par l’État, et tout engagement financier d’un club doit désormais passer par des moyens traçables et sécurisés, afin de protéger les joueurs, les prestataires et l’intégrité du football national.


4. Le scandale des joueurs et entraîneurs étrangers

L’enquête révèle un fait majeur :

Le recrutement étranger est devenu un outil de drainage financier.

Constats :

  • Joueurs étrangers de niveau faible

  • Salaires supérieurs à ceux de joueurs internationaux européens

  • Temps de jeu quasi nul

  • Résiliations rapides avec indemnités


Pendant ce temps :

  • Des milliers de jeunes talents locaux sont ignorés

  • La formation est sacrifiée

  • Le football national s’appauvrit techniquement

Ce mécanisme confirme l’hypothèse de collusion généralisée.


5. Associations “amateurs” et produits dérivés : une zone grise critique

Les informations recueillies indiquent que :

  • Des associations dites amateurs gravitent autour de clubs professionnels

  • Elles servent de vecteurs commerciaux parallèles

  • Importation et vente de produits dérivés hors circuit officiel

Ce point constitue un risque majeur de fraude fiscale et de blanchiment.

Il nécessite des audits urgents et coordonnés


6. Enquêtes en cours : un tournant historique

Les investigations sécuritaires et financières ouvertes constituent :

  • Un signal fort

  • Une opportunité historique

  • Un test de crédibilité pour la réforme du sport


Les infractions potentielles relevées :

  • Dilapidation de fonds publics

  • Abus de fonction

  • Infractions financières organisées

Ce rapport encourage explicitement la poursuite et l’approfondissement de ces enquêtes.


7. Numérisation : l’arme décisive contre la mafia du football

La numérisation intégrale est non négociable :

  • Contrats électroniques uniques

  • Traçabilité bancaire obligatoire

  • Déclaration automatique des commissions

  • Interconnexion FAF – fiscalité – justice

La fin du cash = la fin du système.


8. Conclusion offensive

Le football algérien n’est pas malade. Il est pris en otage.

L’État a investi. Les institutions ont agi .Les enquêtes sont lancées.


Il est désormais impératif de :

  • Nommer les responsabilités

  • Briser les réseaux

  • Protéger l’argent public

  • Rendre des comptes


La réforme du football algérien passera par des sanctions exemplaires, ou elle n’aura pas lieu. Ce rapport n’est pas une attaque. C’est un soutien clair à l’État de droit.


Message de la cellule Anticor-Sport

La Cellule Anticor-Sport tient à rappeler à tous les acteurs du football, de près ou de loin, que l’intégrité du sport est indissociable de l’intérêt général et de la protection des ressources publiques. Nous affirmons notre engagement total à nous mettre à la disposition des institutions algériennes, ainsi que de tous les États et organisations déterminés à lutter contre les fléaux qui portent atteinte à l’intégrité nationale, qu’il s’agisse de corruption, de détournement, de trafic d’influence ou de manipulation.


Notre mission est claire : apporter notre expertise, notre soutien et nos outils d’investigation pour identifier, démasquer et traquer les criminels, afin que le football redevienne un espace de compétition loyale, d’excellence sportive et de respect des règles. La vigilance et la collaboration de tous sont essentielles pour protéger ce patrimoine collectif et garantir un futur transparent et responsable au football algérien.



À l’attention des acteurs intègres du football algérien

Il est important de souligner que ce rapport ne vise en aucun cas les présidents, managers, joueurs, entraîneurs, arbitres, journalistes et médias qui agissent avec intégrité, professionnalisme et respect des règles déontologiques. Ceux qui se démarquent par la noblesse de leur engagement, la dignité humaine et le souci de servir l’intérêt général de leur pays sont pleinement reconnus et respectés. Leur contribution positive est essentielle à la construction d’un football algérien crédible, transparent et porteur de valeurs sportives et sociales.


Karina Lefebvre

Cellule Anticor-Sport - OMSAC


 
 
 

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Clause de responsabilité et portée juridique

Nos rapports et enquêtes sont fondées sur des informations accessibles, des recoupements factuels et des analyses professionnelles. Elles ne constituent en aucun cas des enquêtes judiciaires, policières ou administratives, ni des décisions de justice.

Conformément aux statuts de l’OMSAC, nos missions officielles sont la lutte contre la corruption, la criminalité, le trafic d’influence, la fuite des capitaux, le blanchiment d’argent, la défense des droits de l’homme, la traite des êtres humains, l’immigration clandestine et la protection de la liberté d’expression à l’échelle mondiale.

L’OMSAC mène ses propres enquêtes et investigations. Lorsqu’elle reçoit des informations ou des alertes, celles-ci sont analysées, étudiées et expertisées par le Département Intégrité et Investigations, en coordination avec le Département Juridique. Selon la gravité et la nature des faits constatés, ces départements décident de la transmission des dossiers aux institutions sécuritaires ou judiciaires compétentes du pays concerné. À partir de ce point, la mission de l’OMSAC prend fin.

L’OMSAC n’est ni une autorité de poursuite, ni un organe juridictionnel, ni un service de police ou de renseignement. Les constats, opinions et conclusions exprimés sur ces pages ne sauraient être assimilés à des accusations pénales, à des jugements de culpabilité ou à des décisions judiciaires. Toute responsabilité pénale, disciplinaire ou administrative relève exclusivement des institutions légalement compétentes, conformément au droit national et international applicable.

Les personnes ou entités mentionnées sur ces pages bénéficient pleinement de la présomption d’innocence et des droits fondamentaux garantis par le droit international. Ces documents ont pour unique objectif de contribuer au débat public, à la transparence institutionnelle et à l’amélioration de la gouvernance, dans le strict respect des cadres légaux et des normes internationales.

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