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CAN 2025 – Entre alertes sportives, communication contrainte et silences institutionnels : une séquence révélatrice

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    omsac actualités
  • 20 janv.
  • 4 min de lecture
CAN 2025 – Entre alertes sportives, communication contrainte et silences institutionnels : une séquence révélatrice

La séquence entourant la finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025, disputée le 18 janvier 2026 à Rabat, constitue désormais un cas d’étude emblématique des tensions qui traversent la gouvernance du football africain. Elle met en lumière l’écart croissant entre la réalité vécue sur le terrain, les alertes formulées en amont, et les communications officielles produites après coup, tant au niveau sportif qu’institutionnel.


Les alertes préalables : une parole sportive ferme et circonstanciée

Vingt-quatre heures avant la finale, le sélectionneur du Sénégal, Pape Thiaw, avait publiquement dénoncé un ensemble de dysfonctionnements précis : sécurité défaillante lors de l’arrivée à Rabat, conditions d’hébergement inadaptées, pression logistique cumulée et refus assumé de s’entraîner au Complexe Mohammed VI, camp de base permanent de l’équipe hôte, au nom de l’équité sportive et de la confidentialité tactique.


Ces propos, tenus avant tout résultat sportif, s’inscrivaient dans une logique de protection opérationnelle du groupe et d’anticipation des risques, et non dans une stratégie de justification a posteriori.


La finale : rupture du cadre et validation des inquiétudes

Les événements survenus durant la finale — arbitrage controversé, usage asymétrique de la VAR, interruption du jeu, tensions sécuritaires et institutionnelles — ont donné une résonance particulière à ces alertes. La victoire du Sénégal n’a pas annulé la controverse ; elle l’a rendue plus visible, en soulignant la capacité de résilience d’un groupe soumis à une pression extrême.


Les déclarations du lendemain : une parole contrainte et diplomatiquement encadrée

Au lendemain du sacre, les déclarations de Pape Thiaw ont marqué un changement de registre notable. Face aux attaques publiques du président de la FIFA et aux prises de position de la CAF, le sélectionneur a adopté un ton mesuré, presque institutionnel.


Il a exprimé des regrets pour les scènes de tension, invoquant l’émotion, la passion et la pression psychologique extrême subie par ses joueurs, tout en rappelant que ces réactions ne sauraient être dissociées du sentiment d’injustice ressenti sur le moment. Cette prise de parole, soigneusement équilibrée, a tenté de concilier trois impératifs contradictoires :

  • reconnaître la gravité des images diffusées,

  • défendre implicitement ses joueurs et le contexte,

  • et éviter toute escalade institutionnelle susceptible d’entraîner des sanctions.


L’hommage appuyé rendu au pays hôte et à la qualité de l’organisation, bien qu’en apparente contradiction avec les alertes formulées la veille, relève manifestement d’une logique d’apaisement diplomatique, plus que d’une réévaluation factuelle des événements.


Une dissonance révélatrice, non individuelle

Cette apparente contradiction dans la parole du sélectionneur ne doit pas être analysée comme une incohérence personnelle. Elle révèle plutôt la pression systémique exercée sur les acteurs sportifs africains à très haut niveau :

  • parler vrai avant le match pour protéger son équipe,

  • puis parler prudemment après le match pour préserver l’institution, éviter les sanctions et contenir les rapports de force.


Ce glissement discursif illustre une réalité bien connue : dans l’écosystème du football international, la liberté de parole diminue à mesure que l’exposition institutionnelle augmente.


Communication diplomatique et démarche de vérification

C’est dans ce contexte qu’est intervenu le communiqué attribué au ministère sénégalais des Affaires étrangères, adoptant un ton unanimement conciliant.


Conformément à ses procédures de veille institutionnelle, le Département Intégrité et Investigations de l’OMSAC a entrepris une démarche de vérification de l’authenticité et de la conformité de ce communiqué, non par contestation politique, mais en raison du décalage manifeste entre :

  • les alertes sportives préalables formulées par l’entraîneur,

  • les faits objectivement constatés lors de la finale,

  • et le contenu unanimement laudatif du texte publié.


Dans ce cadre, les responsables du Département ont pris contact par téléphone avec le Consulat général du Sénégal à Lyon. L’interlocuteur joint a indiqué que le Consul général était absent, s’est engagé à l’informer et à assurer un retour officiel. À ce jour, aucune réponse n’a été communiquée.


Silence administratif et exigence de clarté

Ce silence ne saurait, en lui-même, constituer une preuve ou une accusation. Il appelle toutefois une observation institutionnelle : dans un contexte marqué par une controverse internationale majeure, l’absence de clarification officielle prolonge l’incertitude, au détriment de la transparence et de la lisibilité institutionnelle.


Il est légitime qu’un État souverain adopte une communication diplomatique de retenue afin de préserver des relations bilatérales stratégiques. Cette posture relève de la responsabilité politique. Elle ne saurait cependant se substituer durablement à l’exigence de cohérence entre les faits sportifs vécus, les alertes formulées et les messages officiels diffusés.


Conclusion

La CAN 2025 n’a pas seulement livré un champion d’Afrique. Elle a exposé, au grand jour, les fragilités d’un système où la vérité sportive, la communication diplomatique et la gouvernance institutionnelle évoluent selon des temporalités et des contraintes parfois incompatibles.


Les déclarations successives du sélectionneur sénégalais — avant et après la finale — ne s’annulent pas. Elles se complètent et témoignent d’un même fait : la difficulté croissante, pour les acteurs africains, de défendre l’intégrité du jeu sans s’exposer à des représailles institutionnelles.


Dans ce contexte, la mission de veille, d’analyse et de documentation menée par l’OMSAC s’inscrit non dans la polémique, mais dans une exigence fondamentale : réconcilier le football africain avec la vérité des faits, la cohérence des discours et la dignité des institutions.



Les analyses, synthèses et rapports relatifs au football africain, au football international et à la CAN 2025, publiés par l’Organisation Mondiale de Sécurité Anti-Corruption et Criminalité (OMSAC) entre le 1er janvier 2025 et le 31 janvier 2026, sont protégés par le droit d’auteur et demeurent la propriété exclusive de l’OMSAC. Toute reproduction, diffusion, adaptation ou réutilisation, totale ou partielle, quel qu’en soit le support, sans autorisation écrite préalable, est strictement interdite et expose son auteur à des poursuites conformément aux lois et conventions internationales en vigueur.

Les contenus publiés s’inscrivent dans un travail d’analyse, de veille et d’investigation indépendante. Ils ne constituent ni un jugement judiciaire, ni une décision de justice, ni une condamnation définitive.


Karl SCHLEKER

Département Intégrité et Investigations

 
 
 

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