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Suspension de la Russie : la FIFA face au principe de neutralité et à l’accusation de « deux poids, deux mesures »

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    omsac actualités
  • 2 mars 2022
  • 5 min de lecture
Suspension de la Russie : la FIFA face au principe de neutralité et à l’accusation de « deux poids, deux mesures »

Le 28 février 2022, la FIFA a décidé de suspendre la Fédération Russe de Football de l’ensemble des compétitions internationales. Cette décision constitue un tournant majeur dans l’histoire du sport mondial, non seulement par sa portée, mais surtout par les principes qu’elle engage.


En effet, les Statuts de la FIFA consacrent explicitement la neutralité politique de l’organisation et interdisent toute ingérence ou influence d’ordre gouvernemental ou géopolitique dans la gestion du football. Or, la suspension de la Russie a été largement justifiée par des considérations extérieures au champ strictement sportif, sans qu’aucune violation avérée des règlements footballistiques ne soit formellement établie.


Cette décision a ainsi créé un précédent dangereux, en introduisant une lecture politique dans l’application des sanctions sportives, au mépris du principe d’égalité entre les associations membres.


2. Une décision perçue comme sélective et asymétrique

L’OMSAC constate que cette suspension a été prise dans un contexte de fortes pressions internationales, donnant le sentiment que la FIFA a cédé à une logique de conformité géopolitique plutôt qu’à une analyse juridique autonome.

Ce choix interroge profondément la gouvernance de l’institution :

  • Pourquoi certaines situations de conflits ou de violations graves du droit international conduisent-elles à des sanctions sportives immédiates ?


  • Pourquoi d’autres situations comparables, parfois plus anciennes ou plus documentées, n’ont-elles jamais donné lieu à des mesures similaires ?


Cette asymétrie nourrit l’idée d’un traitement différencié des fédérations, incompatible avec l’universalité et l’équité que la FIFA prétend incarner.


3. Une atteinte à la crédibilité morale et normative de la FIFA

En agissant ainsi, la FIFA s’expose à une érosion de sa légitimité morale. Le football, en tant que bien commun universel, ne peut devenir un instrument soumis aux équilibres politiques fluctuants sans perdre son essence.

Lorsque les règles ne sont plus appliquées de manière constante, transparente et prévisible, l’institution elle-même devient vulnérable à la contestation, à la suspicion et à la perte de confiance de ses membres, des joueurs et des peuples.


Question institutionnelle adressée au Président de la FIFA

« Monsieur le Président,Comment la FIFA justifie-t-elle la suspension de certaines fédérations pour des motifs politiques, tout en s’abstenant d’appliquer des mesures similaires dans d’autres contextes marqués par des violences massives contre des populations civiles ? Sur quels critères objectifs, juridiques et universels repose cette différenciation ? »

Cette question n’est ni polémique ni idéologique : elle est fondamentale pour la crédibilité de l’ordre sportif international.


Conclusion de l’OMSAC

La décision de février 2022 restera comme un précédent lourd de conséquences, révélant une dérive préoccupante où le sport risque de devenir l’otage des rapports de force géopolitiques.


L’OMSAC réaffirme que :

  • le football ne peut être un instrument de sanction politique sélective,

  • l’égalité entre les fédérations membres doit être absolue,

  • la neutralité du sport n’est pas un slogan, mais un principe juridique non négociable.


L’OMSAC poursuivra son travail d’analyse, de documentation et de dénonciation chaque fois que l’intégrité du football mondial sera menacée par des décisions contraires à ses propres fondements.


4. Le football africain comme laboratoire d’ingérence institutionnelle

Depuis 2020, l’OMSAC mène une enquête approfondie et documentée sur la gouvernance du football africain, couvrant la Confédération Africaine de Football (CAF) ainsi que les fédérations nationales des 54 États membres.


Cette enquête met en lumière un phénomène structurel préoccupant : l’affaiblissement progressif de l’autonomie décisionnelle des institutions africaines du football, concomitant à une implication directe, répétée et non neutre de la présidence de la FIFA dans leurs affaires internes.


4.1 Une ingérence incompatible avec les principes statutaires

Les Statuts de la FIFA consacrent pourtant :

  • l’indépendance des confédérations continentales,

  • la non-ingérence dans leurs processus électoraux,

  • et le respect du principe de subsidiarité institutionnelle.


Or, l’enquête de l’OMSAC relève :

  • des interventions directes du Président de la FIFA dans les crises internes de la CAF,

  • une influence déterminante dans les processus électoraux continentaux,

  • un accompagnement sélectif de certains dirigeants africains au détriment d’autres,

  • une marginalisation des mécanismes africains de régulation et de contrôle.


Ces pratiques ont contribué à transformer le football africain en espace d’expérimentation d’une gouvernance centralisée, où la FIFA agit moins comme une autorité de régulation que comme un acteur politique structurant.


4.2 Une instrumentalisation stratégique du football africain

L’Afrique représente :

  • 54 voix sur 211 au Congrès de la FIFA,

  • le plus grand bloc électoral de l’organisation,

  • un levier d’influence décisif dans toute stratégie de maintien ou de consolidation du pouvoir.


L’OMSAC observe que le football africain est progressivement devenu un outil d’alignement institutionnel, mobilisé pour :

  • sécuriser des soutiens politiques internes à la FIFA,

  • construire une image internationale de médiateur global,

  • renforcer une stature diplomatique dépassant largement le cadre sportif.


Cette dynamique interroge sur la finalité réelle de certaines décisions, dont la cohérence sportive apparaît secondaire face à leurs bénéfices politiques.


4.3 Une confusion croissante entre leadership sportif et ambition diplomatique

Des éléments concordants recueillis par l’OMSAC, notamment à travers des échanges avec des acteurs institutionnels du football mondial, indiquent que la présidence actuelle de la FIFA s’inscrit dans une logique de projection personnelle sur la scène diplomatique internationale. Objectif : Secrétaire général de l'ONU.


Sans préjuger des intentions individuelles, l’OMSAC constate que :

  • la communication du Président de la FIFA adopte de plus en plus les codes de la diplomatie multilatérale,

  • certaines prises de position dépassent le mandat strictement sportif,

  • le football est régulièrement mobilisé comme instrument de légitimation politique globale.


Cette confusion des rôles fragilise l’institution et expose le football mondial au risque de devenir un outil au service de stratégies personnelles ou extra-sportives, en contradiction directe avec les principes de neutralité et d’universalité.


5. Mise en perspective avec la décision de février 2022

La suspension de la Fédération Russe de Football, décidée en février 2022, ne peut être analysée isolément. Elle s’inscrit dans une logique plus large de gouvernance personnalisée, où les décisions majeures semblent répondre autant à des équilibres politiques internationaux qu’à des considérations sportives objectives.


Le contraste entre :

  • la fermeté immédiate appliquée à certaines fédérations,

  • et l’absence de mesures comparables dans d’autres contextes de violences massives,

renforce l’impression d’une application sélective des principes, susceptible de servir des objectifs d’image, d’alignement diplomatique ou de positionnement international.


Conclusion renforcée de l’OMSAC

L’enquête menée depuis 2020 sur le football africain révèle que la crise actuelle du football mondial ne relève pas uniquement de dysfonctionnements locaux, mais d’un problème systémique de gouvernance, concentré autour d’un pouvoir excessivement personnalisé.


Lorsque le président de l’instance suprême du football mondial :

  • intervient directement dans les affaires continentales,

  • utilise certains territoires comme leviers d’influence,

  • et adopte une posture diplomatique dépassant son mandat,

alors le football cesse d’être un espace de neutralité pour devenir un outil d’ingénierie politique globale.


L’OMSAC considère que cette dérive constitue une menace majeure pour :

  • l’indépendance du football africain,

  • la crédibilité de la FIFA,

  • et l’intégrité du sport mondial.


Département presse & médias de l'OMSAC


 
 
 

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