Rapport stratégique : Nouveaux vecteurs de déstabilisation hybride et enjeux de souveraineté informationnelle
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Dans le cadre de ses missions d’analyse des mutations contemporaines des risques transnationaux, l’OMSAC observe depuis plusieurs années une évolution profonde des mécanismes d’ingérence et de déstabilisation des États. L’espace numérique, initialement perçu comme un vecteur d’innovation et de démocratisation de la parole publique, est devenu un terrain d’opérations privilégié pour des stratégies d’influence hybrides.
Les plateformes sociales ne sont plus seulement des espaces d’expression ou de commerce : elles constituent désormais un théâtre d’affrontement informationnel.
Le présent rapport s’inscrit dans une démarche d’analyse stratégique visant à identifier les mécanismes par lesquels certains influenceurs peuvent être instrumentalisés — consciemment ou non — dans des opérations de guerre cognitive conduites par des acteurs étrangers.
Il ne s’agit ni d’un procès d’intention généralisé, ni d’une remise en cause de la liberté d’expression. Il s’agit d’un travail d’anticipation et de prévention face à un phénomène documenté par plusieurs agences européennes et internationales spécialisées dans la lutte contre les ingérences numériques. L’objectif est clair : éclairer, structurer et proposer des pistes de résilience face à une menace informationnelle en constante mutation.
INTRODUCTION STRATÉGIQUE
Le champ de bataille contemporain n’est plus exclusivement terrestre, maritime ou cybernétique. Il est désormais cognitif.
La guerre moderne ne vise plus uniquement les infrastructures physiques, mais les perceptions collectives, la cohésion sociale et la stabilité psychologique des nations. Dans ce contexte, l’influenceur numérique émerge comme un acteur stratégique inattendu.
Autrefois prescripteur commercial ou divertisseur, l’influenceur peut devenir un vecteur narratif capable d’orienter des millions d’individus. Cette capacité d’influence, lorsqu’elle est captée par des puissances étrangères ou des officines spécialisées, peut être transformée en instrument de déstabilisation.
Nous assistons à la montée d’une nouvelle génération de conflits hybrides où :
la propagande se dissimule derrière l’humour,
la désinformation se diffuse sous forme de “live”,
l’ingérence emprunte les codes du divertissement.
Le présent rapport vise à analyser :
les mécanismes de recrutement et d’instrumentalisation,
les tactiques de déstabilisation observées,
les risques pour la souveraineté nationale,
les réponses stratégiques envisageables.
I. L’INFLUENCE NUMÉRIQUE DANS LA DOCTRINE DE GUERRE HYBRIDE
1.1 De la propagande classique à la guerre cognitive
La propagande du XXe siècle reposait sur des médias centralisés. La guerre cognitive du XXIe siècle repose sur la fragmentation numérique.
Aujourd’hui, l’objectif n’est plus seulement de convaincre, mais de :
diviser,
épuiser psychologiquement,
décrédibiliser les institutions,
fragmenter le débat public.
Le smartphone est devenu une interface stratégique.
1.2 Pourquoi les influenceurs ?
Les influenceurs disposent de trois avantages stratégiques majeurs :
Proximité émotionnelle : leur audience leur accorde une confiance affective.
Crédibilité horizontale : ils ne sont pas perçus comme institutionnels.
Immunité apparente : leurs contenus échappent initialement aux radars traditionnels de sécurité.
Ils deviennent ainsi des “vecteurs de contagion narrative”.
II. MÉCANISMES DE RECRUTEMENT ET D’INSTRUMENTALISATION
Les investigations convergent vers l’utilisation de méthodes inspirées du modèle MICE (Money, Ideology, Coercion, Ego).
2.1 Le recrutement par dépendance financière
Des agences écrans, think tanks ou structures de communication basées à l’étranger proposent :
des contrats de sponsoring surévalués,
des collaborations régulières créant une dépendance économique,
un accès à un train de vie luxueux.
Progressivement, l’influenceur devient financièrement dépendant.
2.2 Le chantage stratégique (Kompromat)
Dans certains cas :
voyages offerts,
événements privés,
comportements filmés ou documentés,
peuvent servir ultérieurement de leviers de pression.
Le message implicite est simple :collaborer ou voir sa réputation détruite.
2.3 Le piège de l’égo
L’influenceur est valorisé comme :
“résistant au système”,
“éveilleur de conscience”,
“voix libre contre un État corrompu”.
La flatterie devient un outil d’enrôlement.
III. TACTIQUES DE DÉSTABILISATION OBSERVÉES
3.1 Injection de narratifs toxiques
Les thèmes privilégiés sont :
santé publique,
insécurité,
faillite économique imminente,
corruption systémique généralisée.
L’objectif n’est pas de convaincre totalement, mais d’instiller le doute permanent.
3.2 Polarisation identitaire
Les sujets sensibles (religion, identité, immigration, minorités) sont amplifiés afin de créer des fractures internes.
Une société polarisée devient plus vulnérable aux manipulations électorales et aux crises.
3.3 Amplification artificielle
Les contenus sont boostés par :
fermes de bots,
réseaux coordonnés,
astroturfing.
Une opinion marginale peut ainsi apparaître majoritaire.
IV. CAS DOCUMENTÉS INTERNATIONAUX
Plusieurs précédents confirment la réalité de ces méthodes :
Tentatives de paiement d’influenceurs européens pour orienter des discours sanitaires (affaire Fazze).
Utilisation de systèmes de “gifts” sur plateformes sociales pour contourner des règles de financement politique (cas documentés en Europe de l’Est).
Existence d’officines spécialisées dans la manipulation électorale numérique (révélations médiatiques internationales).
Ces cas démontrent que l’ingérence par influenceurs n’est plus hypothétique.
V. L’INFLUENCEUR : IDIOT UTILE OU AGENT CONSCIENT ?
Une typologie peut être établie :
L’influenceur naïf : manipulé sans conscience stratégique.
L’opportuniste financier : motivé uniquement par le gain.
L’idéologue radicalisé : convaincu par un narratif étranger.
L’agent conscient : participant volontairement à une opération d’ingérence.
Tous ne relèvent pas du même degré de responsabilité.
VI. RISQUES POUR LA SÉCURITÉ NATIONALE
6.1 Érosion du contrat social
La répétition de narratifs de défiance affaiblit :
la confiance institutionnelle,
la légitimité électorale,
la cohésion nationale.
6.2 Déstabilisation électorale
Les périodes électorales sont particulièrement vulnérables aux campagnes d’influence coordonnées.
6.3 Fragilisation psychologique collective
La multiplication des contenus alarmistes produit :
anxiété,
cynisme,
désengagement civique.
VII. PROJECTION STRATÉGIQUE 2030
D’ici 2030, plusieurs évolutions sont probables :
Influenceurs générés par intelligence artificielle.
Deepfakes hyperréalistes.
Micro-ciblage comportemental automatisé.
Narratifs personnalisés à grande échelle.
La guerre cognitive deviendra en partie automatisée.
VIII. VERS UNE DOCTRINE DE SÉCURITÉ COGNITIVE
Face à ces risques, plusieurs axes sont recommandés :
Création d’unités spécialisées en analyse des flux narratifs.
Renforcement de la coopération internationale contre l’astroturfing.
Obligation de transparence en cas de mandats étrangers.
Formation des magistrats et enquêteurs aux manipulations algorithmiques.
Développement de programmes de résilience informationnelle pour la population.





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