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Football, pouvoir et géopolitique en Afrique : la CAF sous influence

  • Photo du rédacteur: omsac actualités
    omsac actualités
  • 8 mars 2021
  • 4 min de lecture
Football, pouvoir et géopolitique en Afrique : la CAF sous influence

Cette photo parle d'elle-même. Elle confirme l'instauration d'une complicité et l'usage de coups bas.

Le football africain n’est plus un jeu : L’élection du président de la Confédération africaine de football (CAF) ne relève plus d’un simple enjeu sportif. Elle est devenue un cas d’école d’ingérence institutionnelle, où le football sert de vecteur de pouvoir, d’influence diplomatique et de négociation géopolitique.


Au cœur de ce dispositif : Gianni Infantino, président de la FIFA, qui a transformé une élection continentale en processus contrôlé, avec des relais politiques, économiques et étatiques clairement identifiables.


Ahmad Ahmad : quand un président devient un obstacle

La rupture entre Ahmad Ahmad et la FIFA dépasse la seule question de gouvernance. Le point de bascule survient lorsqu’il s’oppose au projet de Gianni Infantino visant à faire passer la CAN d’un format biennal à un cycle quadriennal, réforme dictée par des intérêts commerciaux et calendaires extérieurs à l’Afrique aux profit des clubs européens. Ce refus, soutenu par plusieurs fédérations, transforme Ahmad Ahmad en obstacle stratégique et fait de son éviction une option politique.


À cette ligne de fracture s’ajoute un fait largement occulté : malgré son appel public à une mobilisation continentale en faveur de la candidature du Maroc à la Coupe du monde 2026, ce soutien politique majeur n’empêchera ni Fouzi Lekjaa ni les autorités marocaines de se rallier ultérieurement à la stratégie d’Infantino, participant ainsi à l’isolement puis à l’élimination d’un président de la CAF qui avait pourtant défendu les intérêts du Royaume et du football africain sur la scène internationale.


Suspension, réhabilitation, neutralisation

  • Suspendu par la FIFA,

  • rétabli temporairement par le Tribunal arbitral du sport (TAS),

  • puis définitivement écarté du jeu politique,


Ahmad Ahmad devient le symbole d’un dirigeant juridiquement réhabilité mais politiquement éliminé. Une séquence qui alimente l’idée d’une sanction instrumentalisée pour reprendre le contrôle de la CAF.


Patrice Motsepe : un président fabriqué hors du football africain

Gianni Infantino ne découvre pas Patrice Motsepe sur un terrain africain, mais dans les cercles internationaux des grandes fortunes, notamment aux États-Unis, dans des environnements fréquentés par les élites économiques mondiales proches du pouvoir politique américain de l’époque.


Motsepe incarne le profil recherché :

  • milliardaire,

  • extérieur aux luttes internes africaines,

  • connecté aux réseaux économiques globaux,

  • et susceptible d’assurer une CAF stable, alignée et prévisible.


Selon plusieurs sources, Motsepe refuse initialement l’offre. Infantino active alors son réseau d’influence, mobilisant chefs d’État, décideurs économiques et relais institutionnels pour transformer une proposition risquée en opportunité verrouillée.


Fouzi Lekjaa et le pivot marocain

Ancien allié d’Ahmad Ahmad et troisième vice-président de la CAF, Fouzi Lekjaa devient l’un des piliers de la nouvelle architecture du pouvoir.

Son ralliement à Infantino s’opère avec l’aval et la bénédiction du Royaume du Maroc, qui voit dans le football un outil stratégique de soft power continental.


Un deal d’intérêts réciproques

  • Pour la FIFA / Infantino : un hub africain fiable, une plateforme politique stable, une marginalisation de l’influence égyptienne et un levier décisif pour sécuriser les votes africains.

  • Pour le Maroc : devenir le centre décisionnel du football africain, accueillir élections et sommets, renforcer son poids géopolitique et économique en Afrique.


À partir de là, Rabat s’impose comme le QG africain officieux des grandes décisions footballistiques.


Zurich décide, l’Afrique exécute : le retrait orchestré des candidats

Avec le soutien actif du représentant de l’Égypte, et sous l’œil attentif de la FIFA, deux émissaires directs de Gianni Infantino —

  • Véron Mosengo-Mba (CAF)

  • Mattias Grafström (FIFA)

présentent aux candidats un accord préparé à Zurich, en dehors de toute instance africaine.


Cet accord prévoit :

  • le maintien de la seule candidature de Patrice Motsepe,

  • le retrait coordonné de Jacques Anouma, Augustin Senghor et Ahmad Yahya,

  • en échange de postes honorifiques et de promesses institutionnelles.


La scène clé se déroule à Rabat (27–28 février), sous l’égide de Fouzi Lekjaa. L’accord est ensuite officialisé le 6 mars à Nouakchott, sous couvert d’« unité du football africain ».

Les candidats ne se sont pas retirés. Ils ont été retirés.


LES DATES CLÉS DE LA CONFISCATION ÉLECTORALE

  • Fin octobre 2020 : Ahmad Ahmad annonce sa candidature à sa succession.

  • Suspension FIFA : Ahmad Ahmad est écarté pour abus de pouvoir.

  • 29 janvier : le TAS rétablit Ahmad Ahmad dans ses fonctions.

  • 27–28 février 2021 (Rabat) : réunion décisive sous l’égide de Fouzi Lekjaa ; présentation de l’accord FIFA préparé à Zurich.

  • 6 mars 2021 (Nouakchott) : officialisation du retrait des candidats au nom de « l’unité africaine ».

  • 8 mars 2021 : le TAS réduit la suspension d’Ahmad Ahmad à deux ans, rendant tout retour impossible.

  • 12 mars 2021 (Rabat) : élection à candidat unique de Patrice Motsepe.


Conclusion – Une CAF sous tutelle

Cette élection ne consacre pas une victoire africaine, mais l’installation d’une CAF sous influence, intégrée dans des logiques de pouvoir globales où l’Afrique n’est pas décideuse, mais variable d’ajustement.


La question finale demeure :

Si la FIFA n’oserait jamais agir ainsi à l’UEFA ou à la CONMEBOL, pourquoi l’Afrique devrait-elle l’accepter ?


Le football africain mérite mieux qu’une gouvernance imposée. Il mérite le choix, la souveraineté et le respect.


Département presse & médias de l'OMSAC





 
 
 

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