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Turquie : qui est Osman Kavala, le "milliardaire rouge" devenu la bête noire d'Erdogan ?


Cet homme d'affaires richissime et philanthrope de 64 ans est accusé par le pouvoir en place de vouloir déstabiliser la Turquie.

lI est devenu la bête noire du président turc. A tel point que son nom a déclenché une crise diplomatique entre Ankara et les pays occidentaux. Le chef de l'Etat, Recep Tayyip Erdogan, a annoncé samedi avoir ordonné l'expulsion, "au plus vite", des dix ambassadeurs dont ceux de France, d'Allemagne et des Etats-Unis, qui ont réclamé la libération d'Osman Kevala.


"Du matin au soir ils (les diplomates) répètent : Kavala, Kavala... Mais celui dont vous parlez, Kavala, c'est l'agent de Soros en Turquie", a affirmé l'ancien maire d'Istanbul durant une réunion publique, faisant une nouvelle fois référence au milliardaire américain d'origine hongroise George Soros auquel il compare régulièrement l'opposant.


Dans le viseur d'Erdogan, l'éditeur ambitieux est accusé de vouloir déstabiliser la Turquie. A 64 ans, l'homme d'affaires richissime et philanthrope, né à Paris, a été maintenu en détention début octobre par un tribunal d'Istanbul qui a estimé "manquer d'éléments nouveaux pour le remettre en liberté". Cette figure de la société civile, qui a toujours nié les charges pesant contre lui, comparaîtra de nouveau le 26 novembre.


A deux ans de l'élection présidentielle, il dit être utilisé à des fins politiques par le régime. "Pour moi, la vraie raison de ma détention prolongée répond au besoin du gouvernement d'entretenir la fiction d'un complot étranger derrière les manifestations de Gezi", a estimé la semaine dernière, Osman Kavala, dans un entretien à l'AFP, organisé via son avocat.


Le mécène turc, qui s'apprête à entamer sa cinquième année de détention sans jamais avoir été condamné, est incarcéré depuis octobre 2017, en dépit de nombreux appels en faveur de sa libération. Il était initialement poursuivi pour avoir soutenu en 2013 des manifestations antigouvernementales connues sous le nom de mouvement de Gezi, ayant visé Recep Tayyip Erdogan, alors Premier ministre.


Mais depuis, les charges - "fantaisistes" selon lui - se sont accumulées, dont celles de tentative de coup d'Etat et d'espionnage. Son incarcération a fait de lui un des symboles de la répression contre la société civile en Turquie, en particulier depuis le putsch manqué de 2016, suivi de purges massives.


"Le milliardaire rouge"

Né en 1957 à Paris, Osman Kavala a fait des études d'économie à l'Université de Manchester, au Royaume-Uni, avant de prendre la tête de l'entreprise familiale à la mort de son père en 1982. Mais il s'est progressivement consacré à l'édition, l'art et la culture, inaugurant en 1982 la maison d'édition Iletisim, devenue l'une des plus prestigieuses de Turquie, consacrée aux ouvrages sur la démocratisation de ce pays.


En 2002, il crée la fondation Anadolu Kultur qui vise à débattre des sujets difficiles - dont le génocide arménien, par le biais des projets culturels. Son entourage le décrit comme un homme humble, têtu, courtois et direct. Au fil des ans, la presse turque loyale au gouvernement l'a surnommé "le milliardaire rouge".


Le président Erdogan lui-même l'a plusieurs fois accusé d'être "le représentant en Turquie" de Soros et de "financer les terroristes". Son avocat, Ilkan Koyuncu, assurait quant à lui en 2020 qu'"aucune preuve" n'existait contre son client, connu pour son soutien aux projets culturels portant notamment sur les droits des minorités, la question kurde et la réconciliation arméno-turque.


"Osman a toujours su apprécier la valeur des initiatives civiles pour le bien commun", affirme Emma Sinclair-Webb, de l'ONG Human Rights Watch. "Il est la dernière personne qui pourrait soutenir un coup d'Etat. C'est révoltant de le voir pris pour cible dans un jeu politique incompréhensible."


L'affaire Kavala pourrait donc servir d'instrument politique. Que ce soit sur le plan économique ou politique, la situation en Turquie n'est pas bonne pour le chef du parti conservateur l'AKP. Pour faire diversion, le président turc joue sur les tensions sur le plan international, afin d'alimenter un discours nationaliste.


Malgré son acquittement en février 2020 pour les manifestations de Gezi, Osman Kevala avait immédiatement - le lendemain - été placé en garde à vue dans le cadre d'une autre enquête liée à la tentative de coup d'Etat de juillet 2016. La Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) a réclamé sa libération. En vain.


"Prolonger ma détention sur des bases aussi fragiles équivaut à une exécution extrajudiciaire", a-t-il estimé vendredi dans un communiqué, dénonçant des "déclarations qui défient la raison et la logique".


Par l'Express

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