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La Belgique toujours hantée par l’affaire Dutroux et la pédocriminalité


Vingt-cinq ans après la Marche blanche de 1996, un hommage aux victimes de pédophilie doit être rendu ce mercredi 20 octobre à Bruxelles.

Symboliquement, la Reine Mathilde a prévu de se recueillir, ce mercredi 20 octobre, près de la sculpture « Le Messager aux enfants disparus », dans le Parc de Bruxelles. Vingt-cinq ans après la Marche blanche qui avait mobilisé 300 000 Belges scandalisés par l’affaire Dutroux, l’hommage aux victimes concerne toutes les formes de pédocriminalité observées depuis lors.


« Plus jamais ça »

Après de nombreuses réformes, la Belgique se bat toujours contre ce fléau. Le centre européen Child Focus, né en 1998 deux ans après ce mouvement d’indignation sans précédent sous la bannière « Plus jamais ça », souligne que le travail est loin d’être terminé. Sa Majesté en est la présidente d’honneur.


La fondation s’alarme des trois nouvelles disparitions de mineurs qu’elle reçoit encore quotidiennement, avec des éléments inquiétants pour l’enfant dans 20 % des cas.


En 2020, Child Focus a enregistré 2 205 cas d’exploitation sexuelle, contre 1 501 en 2019. L’organisation y voit en partie l’effet des deux confinements contre l’épidémie de Covid-19, avec une nette augmentation des violences intrafamiliales.


La prédation sur Internet a par ailleurs explosé, avec 411 dossiers enregistrés, contre 267 l’année précédente. « Le temps d’écran des mineurs a augmenté de manière significative, les exposant potentiellement à davantage de risque en ligne », note leur rapport annuel.


Les leçons de l’horreur

La mémoire de l’affaire Dutroux suscite toujours une émotion très vive en Belgique. Le « Monstre de Charleroi » jugé en 2004 alimente encore régulièrement les colonnes des tabloïds. Un documentaire inédit intitulé Petites, diffusé mardi 19 octobre sur La Trois, s’est penché sur le trauma raconté par les enfants d’alors, devenus grands (1).


La maison du quartier de Marcinelle du couple Dutroux, « cache de l’enfer » où les fillettes et adolescentes étaient séquestrées et violées est restée hantée par les crimes qu’elle a abrités. La mairie, qui l’a rachetée, a seulement annoncé en avril dernier qu’elle la détruirait pour la remplacer par un jardin-mémorial surélevé baptisé « Entre ciel et terre ».


EXPLICATION. La dangerosité de Marc Dutroux de nouveau évaluée

Après les faits, deux rapports parlementaires ont souligné les dysfonctionnements de la police et de la justice. Plusieurs réformes ont conduit à la création d’un parquet fédéral instruisant les plus grands dossiers criminels. Depuis 2007, un tribunal d’application des peines est chargé d’examiner les conditions de libération des détenus.


En collaboration étroite avec les autorités, la fondation Child Focus a fait école à l’étranger, avec la création d’une aide aux parents d’enfants disparus et abusés sexuellement, et un réseau de prévention auprès des familles et dans les écoles.


« L’église a rencontré son affaire Dutroux »

Mais en 2010, la révélation d’abus sexuels dans le monde catholique provoque une nouvelle onde de choc dans le pays. L’évêque de Bruges doit démissionner pour avoir violé son neveu pendant treize ans, tandis qu’un rapport énumère des centaines d’abus commis par des religieux. La référence à 1996 n’est jamais très loin. « L’église a rencontré son affaire Dutroux », déclare alors l’auteur dudit rapport, le pédopsychiatre Peter Adriaensens.


Sans attendre, les députés mettent en place, en 2010, un centre d’arbitrage, afin de trouver une voie d’indemnisation pour les victimes de faits prescrits. Là encore, ce n’est pas fini. Pour la seule année 2020, 59 signalements ont encore été reçus, portant en majorité sur des faits anciens pour lesquels les auteurs n’étaient plus en vie.


Pour libérer à temps la parole des enfants et combler les lacunes de sa stratégie, Child Focus a lancé en février un « programme de prévention universelle », partant du constat que de nombreux jeunes abusés avaient pour point commun de n’avoir « personne à qui se confier ». L’axe de prévention baptisé « Max » consiste à fournir à chaque enfant de 10 à 12 ans une personne de confiance, un « Max ». Via ses réseaux dans les milieux scolaires, la fondation ambitionne de sensibiliser 125 000 enfants chaque année.


Par Jean-Baptiste François


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