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En Espagne, un grand ripou à la barre


José Manuel Villarejo, un policier qui comparaît pour corruption, a contaminé le nom d’innombrables personnalités, dont le roi en exil Juan Carlos.

Selon ses propres aveux, il a passé sa vie dans les « cloaques de l’État ». Autrement dit, dans les bas-fonds, là où bruissent les secrets, les chantages, les hontes occultées, l’argent dévoyé de la corruption, les comptes qui gonflent dans les paradis fiscaux.


Le mégaprocès qui commence ce mercredi en l’Audience nationale de Madrid est celui d’un ancien commissaire de police véreux qui, en quatre ns de blanchiment, d’écoutes illégales, voire des agressions physiques contre des adversaires.


Accusé d’« extorsions de fonds, de « corruption » et d'« appartenance à une organisation criminelle », il risque une condamnation à une peine de…109 ans de prison, proportionnelle à l’énormité des charges pesant contre lui.


José Manuel Villarejo, 71 ans, entré dans la police à l’âge de 22 ans et qui a détenu jusqu’à 46 entreprises écrans pour cacher ses activités délictueuses d’espionnage politique et d’affaires, aura contaminé le nom d’innombrables personnalités : le roi émérite Juan Carlos - dont il a précipité l'actuel exil aux Émirats arabes unis -, plusieurs patrons de grands groupes espagnols, les anciens responsables des conservateurs du Parti populaire – aujourd’hui tombés en disgrâce –, de hauts magistrats, un ancien ministre de l’Intérieur voulant souiller la réputation des leaders séparatistes catalans… Sans compter le chef des services de renseignements lui-même ! José Manuel Villarejo n’a jamais eu peur de rien, longtemps persuadé d’être aussi puissant que l’État lui-même, comme nimbé d’une sorte d’impunité viagère.

Stratagème très simple

Lorsque, après dix ans de service dans un commissariat, il prend officiellement de longues années sabbatiques, il trompe en réalité tout son monde : il se transmue alors en un professionnel du chantage via une agence de détectives et un cabinet d’avocats, pivots d’un réseau d’entreprises qui sont autant de paravents.


Rusé et sournois, le policier véreux recourt à un stratagème très simple à la base : enregistrer systématiquement tous ses interlocuteurs à leur insu, accumuler contre eux des dossiers compromettants (sanctuarisés dans de nombreuses copies informatiques gardées en lieu sûr, puis, fort de ce matériel explosif, exercer un chantage dont les fruits financiers vont alimenter une complexe ingénierie financière.


Entre 1993 et son arrestation en novembre 2017, quand il est placé en prison préventive, le policier ripou poursuivra ses agissements délictueux depuis le puissant département policier de la DAO, la direction adjointe opérative. Il dirigeait aussi en parallèle une police qui s’attachait à modifier le cours d’affaires judiciaires au bénéfice de grandes entreprises et de millionnaires.


Peu d’huiles ont échappé aux tentacules de ce maître chanteur méthodique et patient. « Depuis vingt ans, confie un enquêteur, il sème une panique dans les hautes sphères, chacun craignant que l’ancien commissaire ne possède de la dynamite contre lui. » Il a gagné beaucoup d’argent.


Pour ces activités d’espionnage pompeusement baptisées « projets de gestion de crise », il aurait facturé 20,4 millions d’euros entre 1992 et 2010. Le verdict prévu en janvier prochain mettra certainement l’ancien commissaire hors d’état de nuire. Mais d’autres « poids lourds » risquent fort d’être emportés dans sa chute.

Par François Musseau

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